De la terre plein les bottes – GénéaThème fév. 2022

Le GénéaThème du mois le plus court de l’année 2022 est consacré au sujet suivant : « Récompense agricole ou un agriculteur de son arbre”. Comment parler de ce sujet quand vous êtes issu de multiples générations de gens de la terre ? C’est la question à laquelle je vais tenter de répondre dans cette deuxième contribution au GénéaThème proposé par Généatech.

Cet article évoquera cette ascendance qui pratique l’agriculture depuis des générations. Puis il se concentrera sur un parcours atypique que j’ai pu relever au gré de mes recherches. Ensuite je ferai un résumé au sujet des comices agricoles qui ont été impulsé durant le XIXe siècle par de grandes figures locales d’Ille-et-Vilaine. Enfin je vous présenterai quelques prix décernés à un de mes arrières grand-pères lors d’un de ces comices.


Des branches bien enracinées dans la terre

Roue des ascendants indiquant les personnes travaillant dans le milieu agricol.e
Gens identifiés de la terre parmi mon ascendance

Ma génération est l’héritière d’une pratique agricole ancrée dans le territoire d’Ille-et-Rance. À ce jour et aussi loin que j’ai pu remonter dans le temps, diverses mentions indiquent la pratique d’un métier en rapport avec la terre.

Vous pouvez voir ci-dessus en vert, l’ensemble des Gens qui ont pratiqué un métier agricole de G2 à G8 (d’exploitant agricole (début du XXIe) à laboureur milieu-fin XVIIIe). J’ai fait le choix de ne pas indiquer la profession pour les générations ultérieures à G6/G8 selon les branches faute de source. On peut toutefois très raisonnablement penser qu’ils étaient de la partie également.

Pour les “trous” il s’agit des exceptions qui confirment la règle. On retrouve pêle-mêle un maçon, un piqueur de pierre, un marin, plusieurs qui travaillent le bois (cerclier, charpentier, menuisier) et de nombreuses ménagères ou filandières dont on peut être à peu près sûr qu’elles participaient à certains travaux des champs. Je reviendrai sûrement dans des articles à venir sur ces autres métiers.

Je n’ai à ce stade de mes recherches fait que très peu d’investigations sur leur situation économique. Étaient-ils propriétaire, fermier, métayer, laboureur, cultivateur, journalier, éleveur d’ovins, caprins, bovins ? Cultivaient-ils des fruits, des légumes ou bien telle ou telle céréale ?
Je ne le sais pas.
Un approfondissement de mes recherches en m’appuyant sur des documents notariés me permettra assurément d’en connaitre plus sur ces branches à l’avenir.

Cultivateur mais pas que : au champ et au bistrot

Avec si peu d’informations j’ai donc choisi d’attirer votre attention sur un profil plus atypique dans les activités exercées par mes ancêtres.

François Grégoire Pierre GROSSET (SOSA 36) nait le 11 mars 1824 au bourg de Saint-Thual en Ille-et-Vilaine (35). Lors de son mariage avec Victoire Françoise Ollive CHEVALIER le 28 juin 1852 à Trévérien (35), le maire ARIBART de la commune indique plutôt classiquement “cultivateur” comme profession.

Je vous épargne l’acte de mariage sur deux pages en pattes de mouches que vous pouvez retrouver ici.

Acte de naissance de François Grégoire Pierre GROSSET
AD 35 – NMD Saint-Thual 1824 – vue 05/11 – 10_NUM_35318_00538

Lors de recherches au début du mois de février 2022 à son sujet et celui de sa famille, je remarque grâce à l’acte de naissance d’un de ses enfants que François est devenu “cabarettier” à Trévérien. Cette activité semble avoir perduré au moins jusqu’en 1871. En effet lors de ce recensement, il est indiqué “débitant” métier plus ou moins proche ; en tout cas assez éloigné de la terre semble-t-il. Son fils Louis (collatéral) est indiqué “cultivateur”.

Ces deux indications, acte de naissance de 1853 de son fils et mention sur les listes nominatives de 1871, me laisse penser qu’il a servi à boire et à manger aux gens de cette commune pendant près de 20 ans et pourrait sûrement nous raconter un tas d’histoire sur la commune et les alentours. Les recensements de 1856 : Me Épicier, 1861 : cabarettier et 1866 : Aubergiste confirment cette hypothèse. Il décède quelques années plus tard à l’âge de 51 ans le 1er février 1876 en étant redevenu laboureur selon son acte de décès. Que s’est-il passé entre 1871 et 1876 ? Je n’en sais rien pour l’instant…

Acte de décès de François GROSSET
AD35 – D Trévérien 1876 – vue 03/10 – 10_NUM_35345_00180
Lignée entre François Grégoire Pierre GROSSET et l'auteur
Mon lien avec François Grégoire Pierre GROSSET

Le comice agricole en Haute-Bretagne, un résumé

Le salon de l’agriculture de Paris est un descendant d’une longue tradition de foires, concours et démonstration agricoles. Cette pratique est très ancrée dans le territoire de mes aïeux grâce à une figure locale en particulier.

Louis François Marie de LORGERIL (1778-1842)
Par Anonyme — Musée de Bretagne, Domaine public

Début XIXe sous l’impulsion de Louis François Marie de Lorgeril (1778-1842) – qui deviendra maire de la ville de Rennes en 1821 – les comices se développent à Plesder. L’Ille-et Vilaine est à cette époque essentiellement tourné vers l’agriculture et l’élevage. Le département bénéficie d’une situation plus que propice pour ces activités par ses bassins fertiles et ses landes adaptés à l’élevage. Celui qui n’est alors maire de la commune de Plesder (35) mais déjà ferru d’agronomie, observe que les rendements obtenus sont très en deçà de ce qui pourrait être normal d’attendre.

Lorgeril, propriétaire du manoir de la Motte Beaumanoir, sur le modèle d’actions similaires observées lors de voyages d’études à l’étranger, décide donc de créer en 1815 un événement annuel qui permettra de récompenser les innovations dans la pratique de l’agriculture et de l’élevage. Cet évènement aura également pour but de présenter les nouveautés matérielles ou techniques, d’être un lieu d’échange entre les différents acteurs de ce progrès et enfin une fête dédiée à la ruralité. Cet objectif sera atteint après quelques éditions et la diffusion du type d’événement dans les territoires environnants puis dans le département et la Bretagne.

Nous serons probablement amené à reparler de Louis François Marie de LORGERIL. J’ai pu noté sa présence en tant que témoin lors d’un mariage sur une de mes branches directe alors qu’il est maire de Rennes. Pourquoi était-il présent ? Quel était son lien avec les jeunes mariés ? Aucune idée

La participation à ces comices est aléatoire selon l’intérêt porté par les fermiers et autres cultivateurs locaux. En effet, l’instruction encore non majoritiaire du XIXe dans les campagnes et les voies de communication (chemins) en – très – mauvais état rendent compliqués l’accès aux comices et par extension freinent la diffusion des nouvelles techniques. Au milieu du XIXe, la commune organisatrice est souvent la plus pourvoyeuse de candidat aux différents concours de l’édition (auxquels il faut ajouter les grands propriétaires du canton) ce qui n’incite pas aux échanges. Un président de comice dira même que l’agriculture locale est « arriérée » pour toutes ces raisons.

Charrue Dombasle dont la diffusion est en grande partie due aux comices de la fin du XIX
– 985.0057.3 –
Collections muséales – Musée de Bretagne

Toutefois à force d’effort des différents acteurs, par la diversification des initiatives comme :

  • des moments d’échanges le dimanche sur les pratiques agricoles employées avec l’appui de l’instituteur de la commune ;
  • ou la lecture critique de l’Agriculture Pratique revue professionnelle d’agriculture avant l’heure ;

mais aussi par :

  • la mise en application des développements technologiques et techniques ;
  • l’amélioration des rott* ;

la pratique agricole s’améliore. Les rendements sont meilleurs, les bêtes mieux soignées et de meilleure « constitution », le travail un peu moins dur grâce à l’utilisation d’outil plus perfectionnés.

Ces fêtes d’abord annuelles puis bisannuelles deviennent des moments marqueurs du caractère rural du département. Elles seront suspendues durant les deux guerres mondiales. Leur organisation d’abord soutenue par des notables locaux sera ensuite soutenue par le département, les cantons et puis le concours de divers organismes de nos jours (ministères, communes, associations, etc.).

Comice agricole Iffendic
Mahé Ange François (20 avril 1878 – 17 septembre 1928) (Photographe) ; Début 20e siècle.
Musée de Bretagne

Ces regroupements des agriculteurs dans les cantons ont aujourd’hui pris un caractère de vulgarisation de la pratique agricole auprès des habitants des campagnes qui ne sont plus que très minoritairement acteurs du milieu agricole. Outre les concours d’animaux, de tenues de fermes ou autres, ils revêtent parfois un caractère folklorique en présentant les anciennes techniques si novatrices quelques décennies plus tôt telles que le battage et autre labours avec chevaux etc. La diffusion des nouvelles techniques continue elle à se faire dans un cadre plus restreint et strictement professionnel comme dans n’importe quel secteur d’activité.

*rott : chemin, sentier en gallo, langue de la Haute-Bretagne

Un comice fructueux

Au détour d’une recherche sur Gallica après un stream de SylvaineL aka Passerelle sur Twitch , j’ai trouvé trace de la participation, le mercredi 30 septembre 1903, de Jean Marie GROSSET (1862-1921) – SOSA 18 et fils de François et Victoire CHEVALIER que vous avez rencontré un peu plus tôt – au comice du canton de Bécherel de 1903. Celui-ci se déroule cette année-là à Romillé (35). Les comices connaissent alors leur âge d’or et mon AAGP concourt dans différentes catégories. L’article détaille les prix qui lui ont été remis sous la présidence de M. le Préfet et quelques autres sommités locales. Il fut lauréat pour les :

  • 1er prix dans la 2e catégorie des Animaux reproducteurs : 40 fr. ;
  • 1er prix dans la 2e catégorie Génisses de 1 à 2 ans : 30 fr. ;
  • 4e prix dans la catégorie Vaches laitières : 20 fr. ;
  • 5e prix dans la catégorie Troupeaux : 10 fr.

Il gagna également plusieurs prix remis par la Société d’Agriculture, de Commerce et d’Industrie pour l’arrondissement de Monfort :

  • 3e prix dans la 1re catégorie du concours de tenue de fermes (au dessus de 15 hectares) : 70 fr. ;
  • prix pour Aménagements de fumiers et utilisation du purin “pour sa fosse à purin” : 30 fr.

C’est ainsi que Jean Marie récolta six prix d’une valeur de 200 fr. soit 811,41 € (valeur 2021). On peut imaginer que cette reconnaissance fut fêtée lors du traditionnel banquet regroupant « près de cinq cents convives […]. La fête s’est poursuivie dans la soirée par un feu d’artifice et des illuminations ».


Pour aller plus loin & Sources

Les métiers agricoles & anciens

Généawiki – Agriculture

Les métiers de nos Ancêtres

Comices agricoles

Fêtes et comices agricoles du canton de Hédé : deux siècles d’histoire, A.E.H.C.H, Combourg (35), 2000, 40p, ill., 24cm

Le comice rural de Plesder, Ille-et-Vilaine – le premier des comices agricoles bretons – l’histoire et l’évolution des comices en Bretagne romantique, C. Jouquand, Saint-Père-Marc-en-Poulet/Saint-Malo (35), 200, 303p, ill. 24 cm

« Le Comice de Romillé » dans La Dépêche bretonne : Courrier d’Ille-et-Vilaine (…), 1903, 23e année, n°40, p5 – Gallica

Sources Généalogiques

Archives départementales d’Ille-et-Vilaine

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